17 juillet 2008

Antonella Corsani et Maurizio Lazzarato : Intermittents et précaires

Depuis 1992, les Coordinations des intermittents du spectacle se sont construites autour d’un constat et d’une revendication : la discontinuité de l’emploi qui caractérise le secteur du spectacle concerne un nombre grandissant de travailleurs et pas uniquement les artistes et les techniciens du cinéma, du théâtre, de la télévision, du cirque, de la danse, etc. Pour combattre la précarisation et la paupérisation de couches de plus en plus importantes de la population, le régime de l’intermittence doit être élargi à tous les travailleurs soumis à la flexibilité de l’emploi.
Mais c’est avec le mouvement social qui a marqué la scène politique de juin 2003 à avril 2007 que, pour la première fois, le mot « précaire » fait son entrée dans l’espace public. Les intermittents en lutte assument, jusque dans le nom qu’ils se donnent, le fait d’être à la fois « intermittents » et « précaires».
La Coordination des Intermittents et Précaires a ainsi porté à un niveau supérieur le conflit en le déplaçant sur un terrain politique.
En démontrant que le travail déborde l’emploi, que le temps de chômage est aussi un temps d’activité, que ces activités restent invisibles à l’entreprise et aux institutions, les intermittents se battent pour des « nouveaux droits sociaux », pour la continuité des droits et du revenu en situation de discontinuité de l’emploi, plutôt que pour l’emploi à plein temps.

Ce livre retrace la genèse, les développements et les résultat d’une recherche qui a été le fruit d’une coopération et d’une coproduction entre « savants » et « profanes », entre des chercheurs universitaires et les militants des collectifs et des coordinations.

07 mai 2008

"... une efflorescence de maisons d'édition et de revues..."

[...] Or cette tendance de fond [la réaction politique et culturelle anti-68] est contrecarrée depuis quelques années par les progrès de l'historiographie, qui ont donné de Mai 68 une tout autre image que celle d'un événement dont le message serait à rechercher dans les moeurs ou dans un effet de connivence générationnelle. Ce renouvellement s'accompagne d'un dynamisme de la pensée radicale, lequel se traduit à son tour par une efflorescence de maisons d'édition et de revues, parfois animées par de très jeunes gens. Depuis la chute du Mur de Berlin, l'extrême gauche se trouve en effet confrontée à un défi qui stimule sa productivité théorique : celui de reconstruire une critique du néolibéralisme après l'échec du communisme, tout en faisant l'économie de la violence. Sur ce point-là, la lutte à fleurets relativement mouchetés de Mai 68 peut servir de modèle alternatif. De même que les mouvements de libération collective des minorités, qui en sont plus ou moins issus, battent en brèche l'idée que le legs de 1968 puisse se réduire à l'émergence d'un néobourgeois individualiste pressé de « jouir sans entraves ».

Nul doute que ces noeuds-là stimulent les théoriciens de l'extrême gauche et suscitent de ce côté-là un bouillonnement. Il contraste avec l'ambiance crépusculaire qui semble s'être emparée de la réflexion libérale qui se réclame d'Aron et de Tocqueville. Alors qu'on voit des philosophes comme le Français Alain Badiou, les Italiens Antonio Negri ou Giorgio Agamben, l'Américain Michael Hardt ou le Slovène Slavoj Zizek constituer, parfois de façon brouillonne, une nouvelle constellation de philosophie politique critique, la tradition libérale en France s'est comme figée sur sa posture mélancolique ou décliniste. Quand elle n'est pas devenue franchement réactionnaire !

Nicolas Weill, extrait de "La pensée anti-Mai 68 s'épuise", in Le Monde du 26 avril 2008.

24 avril 2008

Yves Citton et François Cusset sur Radio Libertaire

Yves Citton et François Cusset seront vendredi 25 avril 2008 les invités de l'équipe de "Place aux fous !" sur Radio Libertaire (89.4 FM) de 13 h à 14 h 30.

Yves Citton et François Cusset signent chacun un article dans le numéro de mai-juin 2008 de La Revue internationale des livres et des idées (à paraître le 7 mai).

Yves Citton a publié récemment aux Editions Amsterdam L'Envers de la liberté. L'invention d'un imaginaire spinoziste dans la France des Lumières et Lire, interpréter, actualiser. Pourquoi les études littéraires ?

09 avril 2008

Rencontre-débat: Le livre : que faire ?


Le Livre : que faire ?

Lundi 21 avril 2008 à 19h
Petite Salle, niveau - 1 Centre Pompidou


L’avenir de l’objet livre suscite de l’inquiétude.

La parution de l’ouvrage collectif Le Livre : que faire ? aux éditions La Fabrique est l’occasion d’évoquer les multiples contraintes qui pèsent sur la chaîne de production et de diffusion des livres, mais surtout, de proposer des pistes concrètes pour améliorer les conditions de création et la visibilité de cette part, fragilisée, de l’activité éditoriale.

Des praticiens – éditeurs, bibliothécaire, diffuseur – et un chercheur exposeront et discuteront les principaux thèmes traités dans l’ouvrage.

Avec : Francis Combes (poète et éditeur, Le Temps des cerises); Eric Hazan (écrivain et éditeur, La Fabrique); Hélène Korb (bibliothécaire, Gennevilliers); Jean-Yves Mollier (professeur d’histoire contemporaine, université de Versailles – Saint-Quentin-en-Yvelines); Frédéric Salbans (directeur commercial d’Harmonia mundi, diffuseur-distributeur); André Schiffrin (auteur et éditeur, The New Press); Jérôme Vidal (co-responsable des Éditions Amsterdam et de La Revue internationale des livres et des idées)

Animation : Sylvain Bourmeau, journaliste, MédiaPart

Cette manifestation est organisée par la
Bibliothèque publique d’information, pôle Action culturelle et Communication, service de l’Animation

Conception et réalisation :
Isabelle Bastian-Dupleix
bastian-dupleix@bpi.fr
Service de la Communication :
servicecommunication@bpi.fr
Tél : 01 44 78 45 41 – 40 24
Régie générale : Jérôme Girard & Philippe Poissonnet


Foyer-Petite Salle
niveau - 1 du Centre Pompidou
entrée rue St-Martin, 75004 Paris (piazza)


Entrée libre dans la mesure des places disponibles

04 avril 2008

Eric Fassin : L'Inversion de la question homosexuelle


En librairie le 18 avril :

Eric Fassin
L'Inversion de la question homosexuelle
nouvelle édition augmentée en poche

Pour Eric Fassin, les débats sur le pacs, l’ouverture du mariage, l’homoparentalité et l’homophobie marquent une rupture historique : une inversion de la question homosexuelle. Si depuis un siècle la psychanalyse, l’anthropologie et la sociologie interrogeaient l’homosexualité, c’est aujourd’hui la politique gaie et lesbienne qui met en question ces disciplines et, au-delà, nos sociétés. L’évidence des normes a cédé la place à une interrogation sur le processus normatif : trouble dans la norme, donc.

Cette édition en poche a été l’occasion pour Eric Fassin d’enrichir cet ouvrage de plusieurs nouveaux articles mettant en lumière les développements inédits auquels a donné lieu la nouvelle donne politique, depuis l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy.

9,80 euros - /// - 272 p. - /// - ISBN: 9782354800208

A paraître prochainement (mai-juin 2008)

En librairie le 23 mai :


Antonella Corsani et Maurizio Lazzarato
Intermittents et précaires

Eve Kosofsky Sedgwick
Epistémologie du placard
trad. de Maxime Cervulle

Jérôme Vidal
La Fabrique de l'impuissance 1
La gauche, les intellectuels et le libéralisme sécuritaire

! Parution reportée à septembre 2008

Multitudes n° 33
Majeure : Monstruosité politique (dossier coord. par Filippo Del Lucchese et Laurent Bove)
Mineure : Lutter et produire la vile (dossier coord. par Michèle Collin et Barbara Szaniecki)


En librairie le 20 juin :


Ahmed Boubeker et Abdelalli Hajatt (coord.)
Immigrations en lutte
Des travailleurs indigènes aux héritiers de l'immigration postcoloniale

Judith Butler
Le Pouvoir des mots
Politique du performatif
(nouvelle édition)
trad. de Charlotte Nordmann

Vacarme n° 44
Se réapproprier l'évaluation
Entretien avec Achille Mmembe : Afrique, post-colonie et politique par le bas

Lire, penser, actualiser d'Yves Citton sur Sitartmag


A lire sur Sitartmag, un article d'Anne-Marie Mercier-Faivre à propos de Lire, interpréter actualiser, Pourquoi les études littéraires? d'Yves Citton:

http://www.sitartmag.com/ycitton.htm

Extrait :


Ce qui pourrait apparaître au premier abord comme un texte écrit en
réaction à l’actualité, vu le bandeau rouge qui l’accompagne (« 58 réponses à
Nicolas Sarkozy ») est bien plus que cela : c’est un ouvrage fondamental qui
interroge la culture des humanités et propose de revenir à ses fondamentaux
théoriques et pratiques tout en les interrogeant : lire, interpréter mais aussi
actualiser. C’est ce dernier terme qui est le plus novateur. [...] L’auteur
guide pas à pas son lecteur, lui rappelle ou lui donne les définitions des
notions essentielles, avance les objections et les nuances possibles, propose
des exemples. A travers une langue limpide et précise, il le conduit vers la
complexité. [...] A lire donc, absolument, pour le bonheur, pour la connaissance
(tous les étudiants des études littéraires devraient l’avoir comme livre de
chevet), pour la pensée, pour la vie.

01 avril 2008

Pierre Macherey: Marx 1845 - Les "thèses" sur Feuerbach


"S’intéresser aux thèses sur Feuerbach, les lire au sens fort du terme, pour leur faire dire le maximum de ce qu’elles peuvent énoncer, tout en évitant le risque à tout moment menaçant de la surinterprétation, ce n’est pas attendre qu’elles délivrent un message dont la teneur achevée puisse être pour toujours enregistrée et consommée, mais c’est plutôt y voir le témoignage d’un véritable acte de pensée, qui tire de ses incertitudes la force d’avancer, à ses risques et à ses frais, dans une direction non préalablement fixée, et qu’il vaut la peine de prendre au mot. C’est précisément ce que je me suis proposé : saisir ces « thèses » au vif de leur(s) mot(s), et par là, peut-être, arriver à mieux comprendre ce que parler et penser veulent dire, lorsqu’ils sont pratiqués au point de leur plus haute tension, dans une perspective qui, dirait peut-être Marx, ne soit pas seulement d’interprétation, mais aussi de transformation et de réel changement."

Pierre Macherey enseigne la philosophie à l’université de Lille-III. Il a notamment publié Lire le Capital, en collaboration avec L. Althusser, é. Balibar, R. Establet et J. Rancière, Maspero, Paris 1965 (rééd. PUF, Paris, 1996) et Avec Spinoza, PUF, Paris, 1992.

Yann Moulier Boutang: Le Capitalisme cognitif - La nouvelle grande transformation


Notre époque n’est assurément pas celle d’une transition vers le socialisme. L’ironie de l’histoire est que, si transition il y a, comme nous le pensons, il s’agit d’une transition vers un nouveau type de capitalisme. De ce point de vue, le socialisme et la gauche semblent en retard d’une révolution. La « mondialisation » actuelle correspond en effet à l’émergence, depuis 1975, d’un troisième type de capitalisme. Celui-ci n’a plus grand chose à voir avec le capitalisme industriel qui, à sa naissance (1750-1820), rompit avec le capitalisme mercantiliste et esclavagiste. L’objectif de ce premier volume de la collection Multitudes/Idées est de décrire et d’expliquer de façon claire et accessible les caractéristiques de ce troisième âge du capitalisme.

La réédition révisée et augmentée intègre les multiples débats qui ont suivis la sortie de ce livre, notamment au sein du groupe des économistes de l’Echangeur (LaSer), où il a fait l’objet d’une riche discussion qui se poursuit. Elle fera l’objet d’un appendice substantiel avec des contributions de François Fourquet (Université de Paris VIII), Michel Henoschsberg (Université de Paris X), Antoine Rébiscoul (Publicis) et Philippe Lemoine (LaSer).

Nicolas Daum: Mai 68 raconté par des anonymes


Mai 68 et ses stars ont quelque peu éclipsé ceux qui, sur leur lieu de travail ou dans leur quartier, ont voulu vivre la révolution au quotidien. En prenant délibérément le contre-pied de la personnalisation, Nicolas Daum est parti à la recherche de ses anciens compagnons du comité d'action du Ille arrondissement de Paris. Témoin et acteur anonyme, il revendique, avec eux et pour eux, la part de ceux qui ont forgé et véhiculé les valeurs du mouvement. Témoins privilégiés de l'histoire, 19 personnes racontent leur action et leur engagement, leurs motivations profondes, qu'elles soient politiques ou personnelles, ou même le hasard qui les a conduit à se retrouver.

Analyse détachée et critique pour certains, encore passionnelle pour d'autres, ces témoignages lucides, émouvants et parfois pleins d'humour apportent un éclairage nouveau sur quelques années intenses, qui, d'une manière ou d'une autre, ont laissé des traces.

Citton et Lordon (ed.) : Spinoza et les sciences sociales - De la puissance des multitudes à l'économie des affects


Que les sciences sociales du XXIe siècle puissent trouver à s'inspirer d'un penseur du XVIIe a sans doute de quoi surprendre. Il est vrai que, commençant avec la cause de soi, la substance et Dieu, la philosophie de Spinoza semble tout avoir pour décourager le non-philosophe... Elle n'en finit pas moins avec les passions individuelles et collectives, les institutions et l'imaginaire social, la constitution des corps politiques et leurs crises, les dynamiques de la rébellion - questions clés des sciences sociales. C'est pourquoi on ne devrait pas s'étonner de voir ici Spinoza dialoguer avec Foucault, Bourdieu, Mauss, Tarde ou Durkheim. Ni de voir les concepts spinozistes mis à l'oeuvre dans l'analyse des affects communs, de la médiasphère de l'opinion, de la reconnaissance, des collectifs de travail comme communautés d'action, ou de la monnaie comme institution. Le tournant des années 1980 a vu la découverte d'un Spinoza politique, penseur de la puissance de la multitude, révélant une figure largement méconnue par la tradition critique antérieure. Ce mouvement de réinvention trouve ici son prolongement logique, dans un ouvrage qui esquisse une autre figure inédite : la possibilité d'un devenir spinoziste des sciences sociales.

Charlotte Nordmann: Bourdieu / Rancière - La politique entre sociologie et philosophie



Dans ce livre, Charlotte Nordmann propose non seulement un exposé systématique et didactique de la sociologie du « champ politique » élaborée par Pierre Bourdieu – dont elle souligne à la fois les aspects les plus convaincants et les faiblesses –, mais surtout confronte celleci à la critique radicale que lui a fait subir Jacques Rancière. Deux conceptions de la politique se trouvent ainsi opposées : la première insiste sur les mécanismes de la monopolisation et de la dépossession intellectuelles et politiques, et semble à première vue radicalement limiter les possibilités concrètes d’émancipation ; la seconde, dans un geste que l’on pourrait dire pragmatiste, pose qu’une politique d’émancipation authentique doit partir du postulat de l’égalité et de ses effets, et que la considération des déterminismes sociaux ne peut que nous enfermer dans le cercle de la domination et de l'impuissance. La théorie sociologique de la politique est-elle condamnée à ignorer ce qui dans l’espace social interrompt la reproduction indéfi nie de la domination ? La position de Rancière n’est-elle pas marquée du sceau de l’idéalisme ? Ne peut-on penser ensemble l’autonomie et l’hétéronomie radicales de la politique ? Le pari à l'origine de ce livre est que la confrontation des travaux de Pierre Bourdieu et de Jacques Rancière, en révélant leurs points forts et leurs points aveugles, permet d'éclairer les voies d'une politique démocratique radicale pour notre temps.

Stuart Hall: Le Populisme autoritaire - Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme


"Si la gauche ne parvient pas à comprendre le thatchérisme - ce qu'il est, pourquoi il a surgi, quelle est sa spécificité historique, quelles sont les raisons permettant d'expliquer qu'il soit en mesure de redéfinir l'espace politique et de désorganiser la gauche -, alors celle-ci ne pourra pas se renouveler parce qu'elle sera incapable de comprendre le monde dans lequel elle doit vivre, ou qu'elle "disparaîtra" dans une marginalité définitive". (Stuart Hall)

Olivier Blondeau: Devenir média - L'activisme sur Internet, entre défection et expérimentation

(avec la collaboration de Laurence Allard)

Un des événements majeurs des dernières échéances électorales en France a sans doute été l'entrée d'Internet en politique. Comment expliquer ces phénomènes au-delà de l'approche quantitative et des catégories héritées de l'étude des médias de masse ?

Loin d'être le fruit une génération spontanée qui ne devrait son succès qu'aux qualités intrinsèques et d'une vision réifiée d'un outil technologique et d'un média, l'entrée d'Internet en politique est la résultante d'un long travail d'élaboration et d'expérimentation technologiques, politiques et même esthétiques mené conjointement par des activistes, des techniciens et des artistes à travers le monde depuis quelques décennies. Internet ne se contente pas d'être un outil de "réenchantement de la démocratie". Ce dispositif médiatique, cette machine au sens guattarien du terme, architecture, design des causes, des formats de prise des paroles, des répertoires d'action renouvelés. Dans ce cadre, chacun le sent bien : la politique au sens traditionnel ne sortira pas indemne de sa confrontation avec Internet, de la même manière qu'elle n'est pas sortie non plus indemne de sa confrontation avec l'apparition de l'imprimerie, des médias de masse, etc.

Considéré par ceux qui en ont été les premiers lecteurs comme "étant à Internet ce que furent à la sociologie urbaine les premiers travaux de l'École de Chicago", Devenir média, croise des apports de la science politique et de la communication, de la sociologie pragmatique et des théories critiques de l'action collective. Cette véritable somme s'attache à récapituler les grandes étapes de l'activisme sur Internet au cours des dix dernières années dans différentes régions du monde et à les situer dans leurs héritages historiques, du cinéma expérimental aux expériences des radios pirates en passant par les tactical media.

Bove, Bras, Méchoulan (dir.): Pascal et Spinoza - Pensées du contraste: de la géométrie du hasard à la nécessité de la liberté


Que rien n’ait été encore organisé sur le couple Pascal « et » Spinoza, exprime, historiquement, le fait de l’écart imaginé vraiment trop grand, par la tradition, entre deux univers de pensée tenus pour si différents, si hétérogènes, qu’il apparaissait même inutile de réfléchir à leur incompatibilité. Pourtant, comme l’écrit en 1951 Léon Brunschvicg dans Spinoza et ses contemporains, « Le solitaire de Port-Royal et le « Juif de Voorburg » avaient tous deux sur leur table de travail la Bible et le Discours de la méthode ; sans se connaître, ils se sont en quelque sorte répondu. C’est pourquoi la confrontation de leurs écrits ajoute une sorte de détermination extérieure et objective à l’interprétation de leurs doctrines [et] souligne d’un trait nouveau l’originalité de leurs génies ». Et Brunschvicg de poursuivre : « Un tel contraste est l’un des spectacles les plus curieux que puisse offrir l’histoire de la pensée, l’un des plus instructifs aussi ; il embrasse dans toute son étendue l’horizon intellectuel du XVIIe siècle ; il permet d’en éclairer les extrémités, et de remplir l’entre-deux, en suivant, à travers l’opposition de deux systèmes, la trame logique qui, dans l’un et dans l’autre, relie sans lacune, sans fissure, le principe mathématique et la conclusion apologétique ».

Notre ouvrage est donc un inédit, une première historique avec les meilleurs spécialistes de Spinoza et de Pascal, qui s’inscrit cependant dans une histoire qui rendait aujourd’hui nécessaire une confrontation systématique des deux penseurs, dont on verra combien, sur la conception de l’Écriture et de la religion, de l’anthropologie, des sciences et de la politique, leur dialogue est pour nous, aujourd’hui, une source d’idées nouvelles.

Charlotte Nordmann: La Fabrique de l'impuissance - L'école, entre domination et émancipation


"L'Ecole républicaine" repose sur une contradiction irréductible : elle est à la fois un facteur de démocratisation et de hiérarchisation. Elle est l'institution qui assure la légitimation de la hiérarchie sociale en la faisant apparaître comme l'expression de l'inégalité des capacités individuelles. L'Ecole produit ainsi, paradoxalement, de l'impuissance : impuissance à parler, à écrire, à lire, à penser. Mais elle est aussi un lieu de diffusion de savoirs et de compétences susceptibles de donner à chacun les moyens d'augmenter son autonomie, sa puissance d'agir et de penser.

Parce qu'il refoule cette ambiguïté, le "débat sur l'Ecole" nous enferme dans un véritable cercle, et nous interdit de réfléchir aux enjeux politiques de la maîtrise de la lecture, de l'écriture, du rapport aux savoirs et à la parole. Comment faire pour que l'Ecole ne fonctionne pas essentiellement comme une fabrique de l'impuissance ?

Yves Citton : Lire, interpréter, actualiser - Pourquoi les études littéraires?


Pourquoi étudier aujourd’hui des textes littéraires rédigés il y plusieurs siècles ? Pour quoi faire ? Ou, comme le demandait le candidat Sarkozy : pourquoi le contribuable devrait-il financer des études de Lettres ? Pourquoi faut-il dire qu’il n’y a pas d’interprétation fausse ? que ce sont les lecteurs qui font les textes ? qu’une œuvre n’est pas un objet, mais un événement ? que la fiction fraie réellement les voies d’un autre monde possible ? que la littérature propose la gymnastique mentale la plus marketable à l’âge du capitalisme cognitif ? que le jazzman doit servir de modèle au professeur des universités ? que l’interprétation littéraire est le meilleur moyen de récuser les fondements cachés du sarkozysme ?

C’est à de telles questions que s’efforce de répondre ce livre qui se présente à la fois comme une intervention politique, comme un appel à une rénovation des études littéraires (fondé sur la théorisation serrée de ce qu’une lecture actualisante des textes du passé peut apporter dans le monde d’aujourd’hui) et comme un essai d’ontologie herméneutique (plaçant l’interprétation au cœur de la puissance constituante des existences humaines). À la suite d’un parcours argumentatif vigoureux, sa conclusion est que loin d’être condamnées à rester une discipline poussiéreuse, les études littéraires peuvent devenir le lieu d’une indiscipline exaltante, en plein centre des débats les plus brûlants de notre actualité.


Yves Citton est professeur de littérature française du XVIIIe siècle à l’université de Grenoble 3. Il est membre du comité de rédaction des revues Multitudes et Dix-huitième siècle. Il a notamment publié L’Envers de la liberté. L’invention d’un imaginaire spinoziste dans la France des Lumières (Éditions Amsterdam, 2006), qui a remporté le Prix Rhône-Alpes du Livre 2007.

A paraître !

Ils ont été annoncés, ils ne sont toujours pas disponibles, ils paraitront pourtant avant longtemps chez Editions Amsterdam:

    • Gayatri Chakravorty Spivak
      Les Subalternes peuvent-elles parler?
      (trad. Jérôme Vidal)


    • Judith Butler
      La Matière des corps - Sur les limites discursives du "sexe"
      (Bodies that Matter)
      (trad. Charlotte Nordmann)


    • James C. Scott
      La Domination et les arts de la résistance - Fragments du discours subalterne
      (trad. Olivier Ruchet)


    • Peter Linebaugh et Marcus Rediker
      L'Hydre aux mille têtes - L'histoire cachée de l'Atlantique révolutionnaire
      (trad. d'Hélène Quiniou)


    • Henry Louis Gates Jr, Le Singe vanneur


    • Slavoj Zizek, Organes sans corps - Deleuze et conséquences


    • Studs Terkel, Hard Times - Histoires orales de la Grande Dépression aux Etats-Unis


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